Le sel de nos larmes – Ruta Sepetys

Classé dans : Romans pour ados | 3

Ruta Sepetys était partie de l’histoire de sa famille pour écrire son premier roman, Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre. Elle traitait alors des familles lituaniennes déportées en Sibérie par les Soviétiques durant la deuxième guerre mondiale.

Dans Le sel de nos larmes, le travail de mémoire continue de l’autre côté. Car les pays baltes furent vraiment pris entre deux mal, l’Allemagne nazie et l’armée soviétique. Le sel de nos larmes revient sur le naufrage du Wilhelm Gustloff, navire torpillé alors qu’il avait plus de 10.000 réfugiés à son bord. Il y eu six fois plus de morts dans ce naufrage que dans celui du Titanic et, pourtant, personne ne connaît son histoire. Ruta Sepetys, passionnée par les histoires oubliées, a très vite eu envie de baser son nouveau roman sur l’histoire que la cousine de son père lui a racontée.

seldenoslarmesDe quoi ça parle ?

A l’hiver 1945 , les passagers du Wilhelm Gustloff fuient l’avancée de l’armée soviétique qui pille tout sur son passage, viole les jeunes filles, tue les allemands. Ils sont allemands, polonais, lituaniens, prussiens, viennent d’horizons différents. Ruta Sepetys a fait le choix de raconter son histoire à travers les yeux de quatre personnages, chacun d’une nationalité différente.

Joana est une jeune infirmière lituanienne qui a obtenu un laissez-passer pour rejoindre sa famille en Allemagne. Elle est rongée par la culpabilité et, grand cœur, vient en aide à chaque blessé qu’elle rencontre sur la route.

Florian est prussien, restaurateur d’œuvres d’art. Il fuit quelque chose mais quoi ? Très mystérieux, il refuse de se confier à qui que ce soit, de partager sa route avec d’autre. Il a fui seul et c’est ainsi qu’il restera ; ce serait bien trop dangereux d’embarquer quelqu’un avec lui.

Mais sur la route, il a croisé Emilia. D’où vient-elle, comment est-elle arrivée là ? La très jeune adolescente est polonaise et ne parle que quelques mots d’allemands – de toute façon, il vaut mieux pour elle qu’elle n’ouvre pas la bouche. Elle porte un lourd secret, une grande souffrance qu’elle garde pour elle.

Et puis il y a Alfred, matelot allemand sur le Wilhelm Gustloff qui rêve de médaille d’honneur et de gloire, qui se verrait bien serrer la main du Führer. Il fera tout pour obtenir une reconnaissance, une récompense.

Mon avis 

Les chapitres alternent entre les personnages. Ils sont très courts, entre deux et six pages, mais on n’a pas besoin de plus pour comprendre leurs pensées, leur ressenti. On se rapproche d’eux, on comprend leur peine, leur douleur, on voudrait leur offrir plus d’espoir sur l’issue que leur réserve la guerre – je vais être honnête, plus l’histoire avance et plus il est difficile d’exercer une quelconque empathie envers Alfred.

Ruta Sepetys a réalisé un véritable travail de chercheuse en amont de l’écriture. Elle a voyagé à la rencontre de survivants, a consulté mille et une archives de l’époque et son histoire s’en ressent. Les personnages sont justes, honnêtes. Joana, Florian et tous les autres, jeunes et vieux, qui fuient la guerre, nous touchent, nous troublent. On sent qu’ils étaient là, sur la route, emportant leurs meubles, animaux, vaisselles de famille, pleurant leurs morts.

C’est une auteur dont je ne pense que du bien, une auteur que je conseille à tous les adolescents de plus de 14-15 ans – et aux adultes, bien évidement ! – une auteur qui prouve que la littérature pour adolescents a elle aussi des choses à dire !

 

A lire

Le résumé de la rencontre des lecteurs de Babelio et de Ruta Sepetys

Petit bonus 

Dans Le sel de nos larmes, Ruta Sepetys a fait un petit clin d’oeil à son premier roman, Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre. Saurez-vous le retrouver ? :)

3 Réponses

  1. Quel livre magnifique, celui-là ! Tellement juste, émouvant et instructif puisque j’ai découvert un épisode de la Seconde Guerre mondiale dont je n’avais jamais entendu parler !

    • Pareil pour moi, je n’avais jamais entendu parler de ce naufrage. Quel drame ! Et quelle plume que Ruta Sepetys !

  2. […] voilà une autre dont je serais bien en peine de départager les romans. Je pense que si Le sel de nos larmes est mon préféré, c’est uniquement parce que c’est son dernier en date et que Ruta […]

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