“Passé imparfait” : l’aristocratie anglaise vue par le créateur de “Downton Abbey”

Classé dans : Romans pour adultes | 0
Passé imparfait - Julian FellowesSonatine, 2014 - Prix : 22€ISBN : 978-2-35584-245-0
Passé imparfait – Julian Fellowes
Sonatine, 2014 – Prix : 22€
ISBN : 978-2-35584-245-0

En 2008, Julian Fellowes n’était pas encore le créateur et scénariste de la série télévisée Downton Abbey, il ne représentait donc que peu d’intérêt pour les éditeurs francophones. Six ans après, sa réputation le précède et les lecteurs francophones sont désormais avides de découvrir son travail de romancier avec Passé imparfait, son deuxième roman – le premier étant toujours inédit chez nous.

Passé imparfait plonge le lecteur dans la saison des débutantes de 1968, à une époque qui nous semble aujourd’hui bien plus lointaine qu’elle ne l’est en réalité, tant les cinquante dernières années ont été riches en bouleversements. A travers son narrateur, Julian Fellowes dresse le portrait de ces changements de mentalités et de modes de vie qu’il a lui-même traversé – on ne peut d’ailleurs que se demander à quel point son roman est inspiré de son propre vécu, d’autant plus que son narrateur n’a pas de nom et est également écrivain.

Comme Julian Fellowes l’explique lui-même, l’idée de placer son roman en 1968 est venue du fait que pour beaucoup, la saison des Débutantes s’est éteinte avec la fin de la présentation officielle à la cour d’Angleterre. Mais les bals offerts par les débutantes pour faire leur entrée dans le grand monde ne se sont pas arrêté là. Le but était bien sûr de se faire des relations mais pas forcément de se marier – du moins pas tout de suite, les parents n’appréciant pas les unions de trop jeunes tourtereaux.

L’histoire du roman commence lorsque le narrateur de Passé imparfait est contacté par une ancienne connaissance, Damian Baxter, qu’il avait lui-même intronisé dans le milieu de ces bals. Mourant, Damian lui demande de lui rendre un service ; quelques années auparavant, une femme lui a adressé une lettre anonyme dans laquelle elle prétendait qu’il était le père de son enfant. Aujourd’hui, alors qu’il n’a personne à qui léguer son immense fortune, il souhaite retrouver cet enfant – devenu adulte – pour lui offrir une seconde chance. Après avoir dressé une liste des femmes avec qui il a connu une aventure et qui ont ensuite eu un enfant, il envoie le narrateur sur les traces de leur passé commun. Chaque rencontre donne lieu à des allers retours entre passé et présent : la rencontre originelle du narrateur et de la jeune fille dans les années soixante et celle d’aujourd’hui, alors que les rides et les cheveux blancs ont pris possession de ce doux visage féminin. Chacune se livre sans hésitation, comme si le passé était désormais si loin qu’il concernait quelqu’un d’autre.

Il les rencontrera toutes, jusqu’à ce que le mystère soit percé. Mais pour cela, il faudra accepter de revenir sur des épisodes douloureux, comme ce voyage au Portugal de l’été 1970 qui a brisé plus d’une amitié.

Passé imparfait est un roman sur le temps qui passe, l’évolution d’une société et d’une génération qui, à la fin des années soixante, voyait bien que le monde allait basculer mais ne savait pas encore de quel côté. L’optimisme n’est pas de mise, les ravages du temps ne sont pas édulcorés, qu’ils s’agissent de preuves physiques ou des aspirations qui s’éteignent. Le narrateur n’est pas tendre avec ses anciens amis, il se juge sans doute mieux qu’eux mais peut-être n’a-t-il pas pris autant de risques ? Au lecteur de ne pas se laisser gagner par son amertume et de tirer les leçons nécessaires pour ne pas connaître les mêmes regrets.

Laissez un commentaire