« Le muret » de Céline Fraipont & Pierre Bailly

Classé dans : BD et manga pour adultes | 0
Le muret  - Céline Fraipont et Pierre BaillyCasterman, 2013 - Prix : 17€ISBN : 978-2-203-08146-8
Le muret – Céline Fraipont et Pierre Bailly
Casterman, 2013 – Prix : 17€
ISBN : 978-2-203-08146-8

Il y a quelques jours, je vous parlais du dernier tome de Petit Poilu, héros bien connu de la bande dessinée jeunesse. Ses parents, Céline Fraipont et Pierre Bailly, se sont frottés à la bande dessinée pour adultes avec Le muret que je vous présente aujourd’hui.

Rosie, leur jeune héroïne, a treize ans. Sa mère est partie à Dubaï avec un mec, la laissant seule avec son père. La jeune adolescente ne dit pas grand-chose mais cela ne veut bien sûr pas dire qu’elle ne ressent rien, au contraire. Elle garde tout à l’intérieur, essaie de s’apprivoiser comme elle peut, de comprendre cette nouvelle Rosie qui est en train de se construire. Son père travaille beaucoup, plus encore depuis le départ de sa mère. Il est souvent parti et fait confiance à Rosie pour se comporter en adulte. Il lui laisse de l’argent pour les courses et s’attend à ce qu’elle aille en cours, comme d’habitude.

Dans un premier temps, c’est que fait Rosie. Mais bientôt, la solitude commence à lui peser. Seule à la maison, elle ferme les rideaux pour ne pas voir le grand trou noir dehors, vérifie plusieurs fois que les portes sont bien fermées, s’endort devant la télé pour ne pas entendre les bruits de la maison. Rosie ne se sent pas en sécurité, est bourrée d’angoisses.

A la télé, dans un film, elle a vu un mec un peu perdu qui, pour se calmer, buvait un verre de whisky cul-sec. Alors elle s’est dit qu’elle pourrait bien essayer, elle aussi. Le whisky ne goûtait pas vraiment comme elle pensait, ça lui a brulé la gorge. Mais ensuite, une douce chaleur s’est répandue dans son corps et elle était bien. Alors elle a recommencé et y a pris goût. Dorénavant, lorsque Rosie ne se sent pas bien, elle sort. Sa bouteille à la main, elle s’assied sur le muret le long du terrain de basket. C’est là qu’elle a rencontré Jo.
Jo a seize ans et est tout seul, lui aussi. Il ne va plus à l’école, vit dans un studio, deale pour se faire un peu d’argent. Il ne vit pas une vie conventionnelle mais il a l’air de s’en sortir.

Rosie traîne chez lui, ils écoutent de la musique, parlent peu. Avec Jo, tout est facile. Il ne pose pas beaucoup de questions, il sait. Rosie sèche les cours. Elle se rend bien compte qu’elle n’est plus la même, qu’elle a beaucoup changé, qu’elle n’est plus la gentille petite fille qu’elle était.
L’adolescence n’est sûrement pas leur meilleur moment pour laisser un jeune seul face à ses responsabilités. Rosie est perdue, ne sait plus qui elle est, perdue entre une enfant qu’elle n’est plus et une adulte qu’elle n’est pas encore. Alors elle se laisse aller, prend la vie au jour le jour et essaie d’être bien, de vivre en mettant ses angoisses en sourdine.

Ces adolescents abandonnés par leurs parents ne font pas partie de la majorité des jeunes, et pourtant, en racontant le quotidien de Rosie, Céline Fraipont et Pierre Bailly raconte celui de centaines d’autres. Les questions auxquelles on n’a pas de réponse, l’impression d’être libre, trop libre, de n’avoir aucune identité propre ni appartenance. Le dessin de Pierre Bailly se fait plus sombre, comme l’histoire qu’il raconte, tout en distillant çà et là quelques sourires, quelques pas plus légers, comme pour montrer que l’espoir d’un futur plus serein est toujours présent.

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