« Made in Vietnam » de Carolin Philipps : immersion dans une usine textile

« Made in Vietnam » de Carolin Philipps : immersion dans une usine textile

18 mai 2014 0 Par Laura
Made in Vietnam - C. Philipps Milan, 2012 - Prix : 11,50€ ISBN : 978-2-7470-3335-0

Made in Vietnam – C. Philipps
Milan, 2012 – Prix : 11,50€
ISBN : 978-2-7470-3335-0

Made in Vietnam, Made in China ou encore Made in Thailand, autant d’inscriptions que l’on a déjà vu sur les étiquettes de nos vêtements. Depuis quelques années, les reportages sur les conditions de travail des ouvriers – et en particulier des enfants – se font plus nombreux et l’on découvre avec effarement ce qu’il se cache derrière nos jouets ou notre paire de baskets. Des baskets, justement, c’est ce que Lan, l’héroïne de Carolin Philipps, fabrique dans une usine textile au sud du Vietnam. Une usine qui, jusque-là, a réussi à échapper aux reportages et contrôles qualité ; une usine où le patron fait encore ce qu’il veut sans se soucier des droits des travailleurs et encore moins des droits des enfants.

Lan a 14 ans et a dû partir travailler pour subvenir aux besoins de sa famille. Avec les autres ouvriers, elle travaille dix, onze, douze heures d’affilée et parfois plus sans qu’une seule pause leur soit accordée. L’usine ressemble à une prison ; de hauts murs d’enceintes la protège et les ouvriers dorment dans des dortoirs aménagés sur le site même (avec des nuits qui n’atteignent parfois pas plus de quatre heures, ils n’auraient même pas le temps de rentrer chez eux).

Dans l’atelier où Lan travaille, il fait une chaleur étouffante jour et nuit et l’air empeste les différents solvants utilisés pour coller les semelles des baskets. Depuis quelques jours, les ouvriers travaillent sur un nouveau modèle : celui qui offre des semelles qui laissent passer la transpiration. Lan se demande bien pourquoi les occidentaux ont besoin de cela, elle qui n’a qu’une paire de sandales aux pieds. Des baskets comme celles qu’ils fabriquent, les ouvriers n’auront jamais la chance d’en porter ; une paire de baskets coûte environ 120€, soit six mois de salaire. Quel écart entre le monde dans lequel sont livrées ces chaussures et celui duquel elles proviennent ! Régulièrement, le patron de l’usine reçoit une nouvelle commande. Dernièrement, il s’agissait de 20.000 chaussures. 20.000 chaussures à produire en moins de deux mois, ne sauraient-ils pas attendre un peu, les Occidentaux ? Des chaussures, ils en ont déjà – et pas qu’une paire !

Le petit monde de l’usine est bouleversé le jour où les ouvriers apprennent qu’un grand patron allemand va leur rendre visite pour décider de donner ou non un label-qualité à leur patron. Comprenant que celui-ci risque de mettre en scène la visite, les employés organisent une rébellion. Mais il faut du courage pour ouvrir la bouche ; le patron n’aurait aucun scrupule à se séparer d’un élément perturbateur qu’il faudrait remplacer surtout quand dix autres attendent dehors pour prendre sa place.

Lan n’est pas une tête brulée comme on en voit dans les dystopies. Ce n’est certainement pas elle qui mènerait une révolution ; elle doit d’abord penser à sa famille, subvenir à leurs besoins. Mais s’il y a une infime chance de faire changer les choses, et surtout si les ouvriers se rassemblent pour se défendre, alors peut-être peut-elle prendre quelques risques mesurés. A la fin de son roman, Carolin Philipps rappelle que Lan n’est pas seule, ils sont des millions à travailler dès leur plus jeune âge dans des conditions que personne n’accepterait dans nos pays. Heureusement, les choses sont en train de changer et le Vietnam s’est engagé à éradiquer le travail des enfants d’ici 2016.