“Le Journal malgré lui de Henry K. Larsen” de Susin Nielsen : l’universalité des sentiments

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Le journal malgré lui de Henry K. LarsenSusin NielsenHelium, 2013 - Prix : 14,90€ISBN : 978-2-330-02249-5
Le journal malgré lui de Henry K. Larsen
Susin Nielsen
Helium, 2013 – Prix : 14,90€
ISBN : 978-2-330-02249-5

Le journal malgré lui, mais pourquoi malgré lui ? Ce n’est pas Henry qui a eu l’idée d’écrire dans un journal, c’est son psy. Enfin, psy, c’est un grand mot pour qualifier Cecil, cet homme un peu ringard aux longs cheveux gris attachés avec un chouchou. Henry a eu le malheur de lui dire qu’il aimait bien écrire et, la séance d’après, Cecil lui a amené un carnet pour qu’il puisse tenir son journal. C’est ainsi que Henry a commencé à y raconter sa vie mais franchement ça ne vaut pas la peine de lire ce qu’il écrit car c’est moisi. Mais ça c’est lui qui le dit !

La famille de Henry n’est pas au mieux de sa forme. Ils doivent faire face à un événement familial difficile et pour tenter d’y survivre, son père et lui ont déménagé à Vancouver. Sa mère n’est pas encore avec eux, elle a décidé de rester quelques temps chez ses parents, au calme, pour se remettre mieux. En attendant, il n’y a donc que son père et lui, perdus dans cette nouvelle ville où ils ne connaissent personne. Cela n’est déjà pas été facile d’arriver dans une nouvelle école sans aucune tête connue mais y débarquer en janvier, c’est pire que tout ; tout le monde s’est déjà trouvé sa bande ou son copain de banc et personne ne fait attention au nouveau. Tout compte fait, ce n’est pas si mal, ça évite à Henry de devoir parler, expliquer pourquoi il vient d’arriver et d’où il vient.

Mais la vie de Henry ne restera pas tranquille très longtemps car au milieu de tous ces adolescents, un autre garçon le repère. Il s’appelle Farley, est assez excentrique et somme toute assez utile ; avoir quelqu’un qui connaît le milieu cela permet au moins de savoir qui il vaut mieux éviter. Farley remarque très vite que Henry aussi est original dans son genre puisqu’il se passionne pour tous les petits détails insolites, les anecdotes historiques que personne n’a retenu. Henry ne fait pas vraiment d’effort, il aime juste jouer à Trivial Pursuit et Cranium avec sa famille, c’est de là qu’il les apprend. Cette particularité plaît beaucoup à son nouvel ami qui le fait rejoindre l’équipe de « Que le meilleur gagne », une sorte de Question pour un champion entre équipes de jeunes issus de différentes écoles.

Petit à petit, Henry va reprendre confiance en lui et oublier les problèmes familiaux. Du moins tant qu’il est à l’école, car dès qu’il rentre chez lui, il se retrouve seul avec son père dans leur minuscule appartement où sa mère n’est toujours pas venue les rejoindre. Elle lui manque terriblement et il l’appelle très souvent, lui racontant les dernières frasques de Farley ou la dernière soirée télé du Grand Clash, une émission de catch que son père et lui regardent le samedi soir. Tout est bon pour la faire rester au bout du fil et pour la distraire pour que, l’espace d’un instant, elle retienne ses larmes, pour donner l’illusion que tout est comme avant.

Le Journal malgré lui de Henry K. Larsen oscille entre souvenirs douloureux et lueurs d’espoir, entre gravité et humour. La force de ce roman est le ton donné par Henry qui alterne sans cesse entre cynisme et émerveillement face aux petites choses qui rendent le quotidien plus doux. Tout le monde n’a heureusement pas vécu d’événement aussi dramatique que celui qui a frappé la famille Larsen mais ce n’est pas grave ; les jours gris de Henry trouvent échos dans les nôtres, tout comme ses instants de relâches. Car son journal parle avant tout de la vie et des doutes d’un jeune adolescent, et ça, c’est universel.

Ce roman fait partie de la sélection 2015 du Prix Farniente.

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