Le chagrin des vivants – Anna Hope

Classé dans : Romans pour adultes | 8

Je vous en avais parlé, cette année, je fais partie du jury du Grand Prix des Lectrices de Elle. C’est une expérience très intéressante, qui me permet de découvrir des auteurs que je n’aurais pas lu autrement – du moins en majorité.

Je ne sais pas si j’aurais lu Le chagrin des vivants dans un autre cadre. En lisant le résumé, j’aurais probablement pensé “encore un roman qui parle de la guerre ?” et je serais passée à autre chose. Qu’est-ce que j’aurais manqué ! Je ne voudrais pas m’avancer parce que je ne suis encore qu’au début de mes lectures en tant que jurée mais rien que pour ce roman, je suis immensément heureuse d’avoir été choisie.

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Mon résumé

Nous sommes le 7 novembre 1920. Dans quelques jours, le jour de l’Armistice, le soldat inconnu sera ramené au pays et enterré avec les honneurs. Plus qu’un homme tombé au combat, c’est un symbole. Ce n’est pas un inconnu que la nation va pleurer mais un fils, un père, un frère, un ami. Des milliers de familles continuent de vivre avec les stigmates de la guerre, des milliers de morts sont portés dans les cœurs. En Angleterre, trois femmes ont un deuil à faire et ces quelques jours vont peut-être les aider plus que les deux dernières années.

Hettie a la vingtaine. Elle vit avec sa mère et son frère qui se traîne depuis qu’il est rentré de la guerre. Il ne trouve pas de travail et ne veut pas parler. Il reste là, silencieux, il erre, et Hettie est obligée de verser une bonne partie de sa paie à leur mère. La jeune femme travaille comme danseuse au Palais où, pour six pences la danse, les hommes peuvent danser avec elle.

Hettie rêve d’amour et de liberté, d’un compagnon de danse qui ne ferait pas que l’emprunter et d’un monde où elle ne lirait plus la guerre sur les visages, où elle ne chercherait pas à deviner les cicatrices qui se cachent sous les costumes.

Evelyn aura bientôt trente ans. Elle a perdu un doigt dans l’effort de guerre, alors qu’elle travaillait dans une fabrique de munitions et travaille aujourd’hui au bureau des pensions de l’armée. Cœur brisé, elle a perdu une partie d’elle dans la mort de son fiancé au front. Evelyn n’a plus le cœur à rire, plus l’envie de faire la fête, de jouer l’insouciante et certainement pas de sortir danser avec un homme.

Ada a la quarantaine. Son fils est mort au combat et elle continue d’attendre une lettre, la fameuse lettre écrite par un soldat témoin et qui devrait lui donner les circonstances exactes de la mort de son fils. Cela fait plus de quatre ans qu’il est mort maintenant, la lettre s’est-elle perdue en route ? Sans explications, Ada espère toujours qu’il s’agit d’une erreur, qu’il n’est pas vraiment mort, qu’il est en chemin pour rentrer à la maison et qu’un jour, il passera la porte, le sourire aux lèvres. Pas un jour ne passe sans qu’Ada ne croie le voir. Dans la rue, la maison, il est partout. Dans leur maison, pourtant, il n’y a plus que le silence. Le silence de la douleur de celle qui attend un signe, le silence de celui qui attend le signal que la vie peut reprendre tant bien que mal. Son mari a accepté la mort de leur fils depuis longtemps et Ada n’ose plus parler, de peur qu’il la prenne pour une folle.

Mon avis

L’époque est grise, les foyers sont encore empreints de tristesse, on croise des invalides de guerre partout, des hommes amputés d’un membre ou d’un ami, des hommes désœuvrés à qui personne n’offre de travail. Et pourtant, il émerge du Chagrin des vivants une lumière  qui irradie tout sur son passage, une humanité que l’on ne peut rencontrer que dans les moments les plus difficiles. La douleur est présente chez chaque personnage mais jamais le roman ne se fait lourd. C’est l’histoire d’hommes et de femmes que le destin a bousculé, d’hommes et de femmes qui ont bien conscience qu’il faudra se relever et repartir mais qui claudiquent encore. C’est l’histoire de ceux qui sont partis et sont revenus, de ceux qui ne sont pas revenus et de ceux qui les ont attendus. L’histoire d’une nation qui cherche à adoucir sa peine et de milliers de personnes qui joignent leur chagrin pour enterrer l’un des leurs et tous leurs disparus. Un premier roman fort et très bien écrit, une perle comme on en rencontre peu souvent.

8 Réponses

  1. A priori le sujet ne m’attire pas, mais je n’en lis que du bien depuis des mois, je me laisserai peut-être tenter.

  2. Ce livre est absolument magnifique , quelle belle écriture fluide, évidente. J’ai eu l’impression de me promener dans Londres avec les personnages . Il ne faut pas se laisser décourager par le titre triste, mal traduit . Je viens de lire “le dernier des nôtres” que je trouve vraiment mièvre et dont les personnages “gosses de riches enfants gâtés” contrastent vraiment avec ceux du roman d’Ana Hope . Mme Clermont Tonnerre ,je vous en prie lisez “Le chagrin des vivants”.

    • Je n’ai pas encore commencé “Le dernier des nôtres” … tu me coupes l’envie, là ! ;-)

  3. Trèèèès beau livre à l’écriture si sensible mais jamais “noire”, un livre qui réconcilie les morts aux vivants dans une époque qui a dû être si difficile à surmonter pour ces hommes et ces femmes “brisés” de toute les manières qu’ils soient.. Je l’ai lu une 1ère fois en vitesse prise par l’histoire et je profite de quelques jours de maladie pour le relire à nouveau et m’imprégnier de tous les petits détails de l’histoire… Difficile de croire comme le dit la critique du “Guardian” sur la couverture qu’il s’agisse de son premier roman et pourtant !… J’attends son deuxième avec impatience !

  4. Je ne sais pas pourquoi, je suis passée à côté de ce roman.

  5. J’ai croisé ce livre, je ne m’y suis jamais vraiment intéressée jusqu’ici, à tort certainement ! Ce que je pensais en voyant la couverture se confirme : il s’agit bien d’un roman historique et, qui plus est, se passant à une période que j’aime ! Je le note, il a l’air vraiment intéressant.

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