“L’Arabe du futur” : plongée dans l’enfance de Riad Sattouf

Classé dans : BD et manga pour adultes | 0
L'arabe du futur - Riad SattoufAllary, 2014 - Prix : 20,90€ISBN : 978-2-370-73014-5
L’arabe du futur – Riad Sattouf
Allary, 2014 – Prix : 20,90€
ISBN : 978-2-370-73014-5

C’est la bande dessinée de ce mois de mai, celle que l’on voit fleurir dans tous les étalages, des plus petites librairies aux plus grandes chaînes de magasins, celle dont parlent tous les sites et blogs littéraires. Rien que le nom de l’auteur suffit à faire parler de lui, Riad Sattouf ayant déjà sa place dans le cœur de nombreux lecteurs, mais le nom ne fait pas tout ; le premier tome de sa nouvelle trilogie autobiographique L’Arabe du futur a de nombreux points forts qui lui permettront de rester en tête des ventes dans les prochaines semaines.

Dans ce premier tome, Riad Sattouf raconte son enfance de 1978 à 1984, partagée entre la Libye et la Syrie. La bande dessinée documentaire est à la mode et il n’est pas difficile de comprendre pourquoi ; l’on a toujours entendu parler de Kadhafi et des pères et fils Al-Assad et le sujet des dictateurs a bien souvent éveillé notre curiosité de lecteurs mais ce n’est pas pour autant que l’on a passé cap de l’achat de bouquins socio-politiques. Découvrir ces deux pays du point de vue d’un chérubin blondinet arraché à sa France natale à l’âge de deux ans est tout de suite plus attractif d’autant que si le lecteur se retrouvait dans ces pays dont il ne sait rien, il serait tout aussi désemparé qu’un bambin.

Né d’une mère bretonne et d’un père syrien, Riad Sattouf est un mélange de deux cultures diamétralement opposées. Ses parents se sont rencontrés à Paris où son père était venu faire ses études. Obsédé par l’idée de devenir « Docteur » mais ne supportant pas la vue du sang, celui-ci a fait le choix d’étudier l’histoire, étant très intéressé par la politique. Une fois sa thèse en poche, il a été nommé professeur dans une université de Lybie, après y avoir postulé sans avoir mis sa femme au courant. La famille Sattouf a donc emménagé dans le régime de Khadafi en 1980, dans un pays aux antipodes de la France.

Pour que chacun ait accès à un logement, le Guide a aboli la propriété privée. Les maisons sont donc à tout le monde ; quiconque en trouve une vide a le droit de s’y installer – vide signifiant sans personne à l’intérieur pour la garder, il ne faut donc jamais laisser sa maison sans surveillance si l’on ne veut pas prendre le risque de retrouver ses affaires sur le pas de la porte au retour. Ce ne sera pas la seule originalité immobilière rencontrée par la famille Sattouf qui, lorsqu’elle déménagera en Syrie pour se rapprocher de la famille paternelle, vivra dans une habitation dont les travaux ne sont pas fini, comme la majorité des maisons syriennes, l’Etat ne faisant payer des impôts que sur les constructions finies.

Si la Lybie avait été assez douce avec Riad Sattouf, celui-ci restant à la maison avec sa mère la journée et s’occupant comme un enfant de son âge en attendant le retour de son père le soir, la Syrie, quant à elle, n’a pas été aussi accueillante. Après un entre-deux dans la Bretagne maternelle, le choc est dur, pour Riad comme pour sa mère : leur nouveau pays semble encore plus pauvre et plus ancré dans une tradition ancestrale que le précédent, la mère de Riad n’a aucune autre occupation que l’éducation de ses garçons – un petit frère étant né entre temps – et la découverte occasionnelle de Paris Match censurés chez un vieux kiosquier semble constituer son seul échappatoire face à un pays où elle ne s’intègre pas. Riad, quant à lui, subit la violence des enfants du village – la plupart étant d’ailleurs de sa famille – qui traitent de yahoudi (juif en arabe) cet enfant bien trop blond pour être l’un des leurs.

En plus d’immerger son lecteur dans ces deux pays étrangers, Riad Sattouf le fait passer par de nombreuses émotions. Le point de vue d’un enfant et les coutumes qui paraissent absurdes aux yeux d’un occidental amène évidement le rire, alors que le mal-être évident dont souffrent le jeune Riad et sa mère font place à des émotions plus négatives, d’autant que le patriarche Sattouf ne semble pas se rendre compte que s’il est dans son élément dans son pays natal, sa famille, elle, est constamment sur ses gardes, attendant en vain l’élément qui leur permettra une meilleure intégration ou un retour vers la France.

La fin de ce premier tome appelle l’arrivée du deuxième avec une impatience non dissimulée. Du tout bon Riad Sattouf !

Laissez un commentaire