La Déposition – Pascale Robert-Diard

Classé dans : Documentaires pour adultes | 1

Bonjour les lecteurs ! Je vous reviens aujourd’hui avec un nouveau titre issus de la sélection du Grand Prix des Lectrices de Elle, La Déposition.

Dans ce livre, Pascale Robert-Diard livre au lecteur l’envers du décor du procès de Maurice Agnelet. D’après ce que j’ai lu çà et là, il est presque impossible de ne pas avoir entendu parler de Maurice Agnelet si l’on vit en France. Pour moi qui suis belge, son nom ne m’évoquait absolument rien ; j’avais donc tout à apprendre.

dépositionDe quoi ça parle ?

Maurice Agnelet est un avocat de Nice accusé d’avoir assassiné sa maîtresse, Agnès Le Roux, disparue quelques jours avant la Toussaint en 1977. L’affaire a connu de nombreux rebondissements, plusieurs procès en appel mais en l’absence de corps et de preuves, Agnelet a toujours été relâché. Jusqu’à ce qu’en 2014, son fils,  Guillaume Agnelet, fasse une déposition contre lui, donnant un nouveau tournant au procès d’assises alors en cours.

Guillaume est le bon fils. Il a tout donné à son père, l’a accueilli chez lui, l’a aidé à préparer ses différents procès, l’a toujours soutenu. Soudainement, il change de camp et se dit convaincu que son père est l’assassin d’Agnès Le Roux. Pourquoi un tel revirement de situation ? Que s’est-il passé au sein de cette famille ? C’est ce qu’a voulu savoir Pascale Robert-Diard.

Il se sent soldat, “sergent d’infanterie”, dit-il, préparant l’offensive. Le procès de son père est devenu son combat, ses ennemis sont devenus les siens, l’enquête et les charges qui pèsent contre lui ne sont rien d’autre que des obstacles placés par leurs adversaires et qu’il faut trouver le moyen de surmonter, de contourner. Il n’y a plus de place pour le trouble. Le trouble, c’est bon pour les temps de paix, et là, c’est la guerre.

En 2014, il n’en peut plus. Il y a dans la famille Agnelet un secret qui, au fil du temps, a pris de plus en plus d’ampleur jusqu’à bouffer sa vie. Il se confie, raconte sa vie d’enfant d’accusé, ce nom qui revient toujours. Le Roux. Il ne sait pas qui c’est mais il ne l’aime pas, celle-là, qui leur prend leur père, qui plane toujours au-dessus d’eux comme une ombre. L’enquête, les interrogatoires, les procès passent et le nom reste là, on n’en a jamais vraiment fini. Et ce que tout le monde cherche à savoir, il semblerait que la famille le sache et le cache.

Sa mère lui a dit un jour, juste pour qu’il sache qui est son père. Maurice lui-même lui a dit, comme ça, au détour d’une conversation. Il parle comme si ce n’était rien, il rit, fait semblant de rien. L’a-t-il fait oui ou non ? Mais c’est de la famille que l’on parle, il faut se protéger, vivre pour le clan. C’est comme cela que ça marche, même la loi le sait.

La loi, qui connaît mieux la vie qu’on ne le dit parfois, a prévu des cas comme ça. Elle dit que lorsqu’on est le père, la mère, le frère, la soeur, l’enfant ou le conjoint de l’auteur d’un crime ou d’un délit, on ne peut être puni pour ne pas l’avoir dénoncé. Que se taire n’est pas un délit prénal mais un conflit moral qu’il appartient à chacun de résoudre comme il peut.

Ce que j’en ai pensé

Toute famille a ses secrets, ses non-dits – fort heureusement, toute famille ne se retrouve pas au cœur de multiple procès d’assises ! On ne peut que comprendre Guillaume qui a tenté de maintenir le lien familial comme il pouvait, de ne pas trahir son père. Et de le trouver très fort d’avoir tenu bon face à ce père glacial et manipulateur qui n’a jamais hésité à utiliser sa famille pour parvenir à ses fins. Aujourd’hui condamné à vingt ans de vingt ans de réclusion, Maurice Agnelet emportera son secret dans la tombe, peu importe ce que son fils a dit devant la Cour.

En très bonne chroniqueuse judiciaire, Pascale Robert-Diard dresse le portrait de cette famille et des différents procès qu’elle a traversé. Sans un mot de trop, sans enluminures littéraires, juste le fil des faits et le portrait de tout ce qui se disait tout bas, entre deux conversations, et qui dû être révélé pour qu’un fils ne s’effondre pas sous le poids des secrets.

Une Réponse

  1. Oh, je note ! Merci pour la découverte :)

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