La bibliothèque des cœurs cabossés : la déception de la rentrée d’hiver

Classé dans : Romans pour adultes | 20
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La bibliothèque des coeurs cabossés – Katarina Bival
Denoël, 2015 – Prix : 21,90€
ISBN : 978-2207117750

C’est l’un des événements de la rentrée littéraire de janvier : La bibliothèque des cœurs cabossés. Un titre prometteur – du moins pour les grands lecteurs que le mot bibliothèque suffit à mettre en transe. Le bandeau nous promettait un roman de la même trempe que Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates. Plutôt encourageant, donc !

Hélas. Mille fois hélas.

Avec sa bibliothèque des cœurs cabossés, Katarina Bivald m’a fait passer par de nombreuses émotions, sans que je ne touche jamais au plaisir. Oh je m’en suis approchée mais si tôt touché du doigt, il s’éloignait, ne laissant place qu’à un agacement plutôt sévère. Pourtant, une fois encore, le roman avait tout pour (me) plaire.

C’est l’histoire de Sara, une jeune femme suédoise, libraire récemment sans emploi, qui débarque à Broken Wheels, une toute petite ville de l’Iowa. Elle est là pour rencontrer Amy, une vieille dame avec qui elle échange lettres et romans depuis plusieurs années déjà. Les deux femmes sont devenues amies à travers leur correspondance et vont enfin se rencontrer.

Elles n’en auront malheureusement jamais l’occasion. Lorsque Sara arrive, elle apprend que son amie est décédée – on vient même de l’enterrer. Démunie, elle passe la nuit dans la maison de la vieille dame, seule. Va-t-elle vraiment rester là ? Devrait-elle rentrer, mettre ses vacances derrière elle ? Elle décide que non. Elle avait bien besoin de prendre l’air, elle n’a aucune envie de rentrer, rien ne l’attend. D’autant qu’elle n’est pas vraiment seule ; elle a beau n’avoir jamais rencontré les habitants de Broken Wheels, elle les connaît déjà par ce que Amy lui en racontait. Mais pas question de rester là à rien faire, il va falloir se trouver une occupation !

Sara aime lire. Beaucoup. C’est une grosse lectrice et Katarina Bivald n’hésite pas à abuser des clichés pour nous le faire comprendre : elle est asociale, n’a jamais eu d’autres amis que les héros de papier, est nunuche à souhait. Lorsqu’elle croise un beau mec, elle le compare au héros d’un roman Arlequin. Sérieusement ? Elle peut également lire pendant des heures sans jamais relever la tête de son livre (et même en enchaîner deux à la suite sans s’accorder la moindre pause). Sara aime lire et ne pense jamais qu’aux livres – en a-t-elle pris assez pour survivre pendant ses vacances ?

Amy n’était pas mal non plus dans son genre mais elle avait au moins le mérite de s’en rendre compte (la sagesse liée à son grand âge, peut-être ?).
« Même si ma vie était en jeu, je ne saurais expliquer pourquoi j’ai le mauvais goût de préférer les gens. »

On découvre le personnage d’Amy avec les lettres qu’elle avait envoyées à Sara. C’est sans doute de là que vient la comparaison avec Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates. Sauf que le premier était un véritable roman épistolaire alors qu’ici, nous n’avons que quelques lettres d’une correspondance et toujours écrite par la même personne. Les lettres d’Amy servent essentiellement à présenter les habitants de Broken Wheels. On pourrait les découvrir par nous-mêmes, en observant leurs faits et gestes mais il faudra se contenter de l’avis d’une vieille dame. Car lorsqu’ils interviennent dans le quotidien de Sara, ils sont presque aussi vides et stéréotypés qu’elle. Quel dommage !

La trame du roman est cousue de fil blanc et cela bien avant que l’on arrive à la scène finale. Sara tombe amoureuse du garçon que tout le monde essaie de pousser vers elle, Sara se fait des amis parce que tout de même, les vrais gens peuvent être aussi sympathiques que les personnages de roman. Pas une seule fois je n’ai été surprise et si ma lecture fut extrêmement rapide, c’est uniquement parce que j’espérais en être quitte au plus vite pour pouvoir passer à un autre livre plus intéressant. Quelle déception !

Cette lecture entre dans la catégorie “publié cette année” de mon 2015 reading challenge.

20 Réponses

  1. je viens de le terminer ce week end et je publie ma chronique cette semaine.
    Pour moi la lecture a été un moment agréable un peu comme on regarde un film léger

    • C’est ce que m’a dit une de mes amies aussi et je lirai ton article pour voir si je ne suis pas passée à côté de quelque chose ;) Peut-être que j’en attendais trop ou peut-être que le sujet des livres est teeeellement important pour moi que les clichés m’ont agacés ? Ce qui est certain, c’est que j’aime être surprise et que je ne l’ai pas été une seule fois :(

  2. J’ai pour ma part beaucoup aimé, c’est un roman doudou qui fait du bien même si il n’a rien d’original en effet

  3. Tu connais mon opinion qui rejoint la tienne. :) Dans les nombreuses critiques que j’ai lues, on louait le côté “feel good” et pas prise de tête. Que l’histoire est simple et cousue de fil blanc mais que c’est là tout son charme. Peut-être…

    • Et heureusement que tu me rejoins sinon je me sentirais bien seule ! ;-)
      L’argument “feel good” est souvent avancé mais je suis pas du tout convaincue que cela suffise ^^

  4. Effectivement, j’avais loupé ta chronique. Erreur, grave erreur, car tu résumes très bien la situation !

  5. suite….
    Ai préféré aussi “L’histoire épatante de Monsieur Fikry” de G.Zevin.

  6. passé le 1er quart du livre je me suis ennuyée ferme…..Je rejoins l’avis de Laura.J’ai bien failli ne ps le terminer pour ma part

  7. Idem, j’ai été déçue. Mais j’ai continué la lecture jusqu’au bout car j’avais besoin d’un roman d’amour. Hélas, je trouve que le lecteur n’est pas bien respecté :
    - traduit du suédois, il accumule les maladresses de style, c’est assez pénible à lire, en tous cas pour la forme
    - manque de crédibilité des personnages et des situations : on ne sait pas si Amy a légué sa maison à quelqu’un, mais Sara, le personnage principal, s’y installe comme si elle était chez elle
    - on nous dit que les habitants de Broken Wheel ne se font pas payer les uns les autres, pour les services commerciaux, comme une économie de troc, mais ça ne tient pas toujours la route, car dans le même temps Sara facture certains livres et d’autres pas, c’est peu cohérent
    - beaucoup de personnages peu aboutis, comme Caroline (on insinue un drame dans sa jeunesse, à l’arrière d’une Buick, et puis plus rien ! on n’exploite pas le truc, ça restera dans le brouillard)
    - Amy aurait repris son nom de jeune fille alors qu’elle a été mariée assez longtemps, mais quel sens voulait-elle y donner ? débrouillez-vous, lecteurs
    - alors que l’amitié épistolaire entre Amy et Sara était si forte qu’après la mort d’Amy, Sara continue à lui parler souvent, eh bien quand on lit les courriers d’Amy de son vivants, ils sont pas si chaleureux, plutôt plats, jamais elle ne semble s’intéresser à la vie de Sara, ça ne semble pas être un dialogue.
    - et je ne vais pas continuer, chaque personnage est juste ébauché avec en amorce une histoire assez forte, mais HOP ! rideau, on n’en saura pas plus, or quand on commence à dévoiler un secret, c’est moche de laisser ensuite les gens dans le vide
    Malgré tout, un livre pour fifille en mal de doudou le soir avant de dormir, oui, hélas, je me suis enquillé le pavé sans discussion, avant de m’offrir le dernier Katarina Mazetti

    • Eh bien ça c’est un avis appuyé ! Merci beaucoup de l’avoir partagé avec moi :)
      Pour moi, on peut l’oublier très vite !

  8. On voit la litanie des copines qui ont répondu, c’est assez transparent.
    Je trouve cet ouvrage charmant, drôle, loin d’être superficiel.
    Essayez déjà d’en faire non pas autant, mais un peu approchant.
    Plus difficile que de cracher le venin…

    • Bonjour et bienvenue chez moi, cher monsieur. Je vous en prie, faites comme chez vous. Mais permettez-moi de vous dire que pour être bien accueilli, la maîtresse de maison demande un minimum de politesse à ses invités.
      Toutes les charmantes personnes qui ont commenté avant vous ne sont pas mes amies, il y en a même – pouvez-vous l’imaginer ? – que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam. Un peu comme vous, en fait.
      Vous étiez sans doute pressé et n’avez pas eu le temps de lire tous les commentaires mais certains ne sont pas du tout d’accord avec moi. Que leur ai-je répondu ? Que j’étais heureuse que ce livre ait trouvé ses lecteurs. Je devais être en manque de venin ce jour-là.
      Quand un livre me déçoit, je le dis. Voyez-vous, j’ai la faiblesse de défendre comme valeur l’honnêteté. J’essaie toujours de motiver mon avis et je pense ne pas avoir manqué d’arguments en écrivant cette chronique. Si vous avez eu l’impression que c’était de la méchanceté gratuite, j’en suis désolée.
      Quant au livre, je vous promets que le jour où il sera terminé, vous ferez partie de ses premiers lecteurs. A votre tour alors d’écrire un avis argumenté.

  9. Tout à fait d’accord, je suis tombée dessus un peu par hasard et comme il était recommandé par les libraires, je l’ai acheté mais même en sautant des pages, j’ai du mal à le terminer tant je le trouve sans intérêt et ce n’est pas cracher son venin que de dire qu’il est très mal écrit ou mal traduit peut-être mais je lui ai largement préféré “Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates”

  10. Eh bien je suis contente d’être tombée sur ce blog, j’ais l’impression d’être une extra-terrestre! Je n’ai pas fini le livre (mais je vais aller au bout, foi de moi!), mais je suis extrêmement déçue. Pourtant amoureuse des livres moi aussi, je trouve celui-là plutôt ennuyeux, sa lenteur me fatigue. Tout semble être dilué, aucun personnage de m’a paru attachant. Je m’ennuie… et je n’aime pas trop ça car quand je m’ennuie en lisant, je m’endors… pour me réveiller à 2h du matin et me taper 2 h d’insomnie… Bref, rien de transcendant dans ce bouquin dont in a sans doute trop parlé.

  11. Ce livre est un “gros cliché”. Il est long à lire et ennuyeux. Pas de suspens ni beaucoup d’aventure. Je ne le recommande pas.

  12. Ahhhh ! Merci mille fois ! Je pensais avoir un gros problème de compréhension ou avoir perdu mon cœur en route et être devenue totalement insensible à ce que tous décrivent comme “le livre qui fait du bien”…Nos arguments se rejoignent. Moi qui demande à un livre de me surprendre et me procurer des émotions : je n’ai eu aucun des deux. Belle chronique, bien argumentée et très joli site ! Bravo !

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