En un monde parfait – Laura Kasischke

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Dans mon challenge lecture, j’avais proposé la catégorie “D’un auteur qui a le même prénom que toi”. Si, pour la plupart des catégories, je n’avais aucune idée de ce que j’allais lire, j’avais déjà une idée sur l’auteur que je souhaitais redécouvrir. J’avais jusqu’alors un drôle de rapport avec Laura Kasischke : je n’ai jamais réussi à terminer “A moi pour toujours” et, si j’ai lu “Esprit d’hiver” jusqu’au bout et que je lui reconnais de grandes qualités littéraires, il m’a mise terriblement mal à l’aise. Il était temps de donner une dernière chanson à ma jumelle de prénom que l’on me vante très souvent !

 enunmondeparfaitMon résumé

Jiselle, la trentaine, est célibataire et sans enfant. Hôtesse de l’air, elle mène une vie sans attaches : elle passe plus de temps à l’hôtel que chez elle, n’a d’autres amies que les autres hôtesses, ne rencontre jamais personne car qui pourrait-elle donc rencontrer dans les salles de sport d’hôtel ? Les années passent et sa vie est toujours la même. Finalement, celle que cela semble le plus ennuyer, c’est sa mère, avec qui Jiselle entretient une relation tumultueuse.

Jusqu’au jour où Mark, le pilote devant lequel toutes les hôtesses se pâment, la demande en mariage. Jiselle entretient une relation avec lui depuis quelques temps, le genre de relation qui, d’habitude, ne mène nulle part. Ils partagent la même chambre d’hôtel lors des escales, se promènent dans les petites rues, sortent au restaurant. Est-ce que c’est assez pour construire une relation durable ? Sans aucun doute pour Jiselle, qui n’hésite pas à dire oui sans même avoir jamais rencontré les trois enfants de Mark. De toute façon, les enfants, ce sont des enfants, tout se passera forcément bien.

Jiselle et Mark se marient et Jiselle quitte son job pour rester à la maison avec les trois enfants, dans leur grand chalet au milieu des bois. Ce n’est pas forcément définitif mais avec l’épidémie de la grippe de Phoenix qui sévit à ce moment-là, Jiselle ne dit pas non. Depuis quelques semaines, les passagers sont de plus en plus à cran et le climat « anti USA » qui règne dans le monde ne facilite pas les liaisons internationales. Jiselle va rester à la maison, loin de tout ce stress, et se laisser chouchouter par Mark quand il revient.

Sauf que, très vite, elle se rend compte que Mark n’est pas souvent là. Il est en permanence entre deux vols, toujours ailleurs, et les charges familiales retombent très vite sur les épaules de la jeune belle-mère qui doit, en plus, faire face à deux adolescentes pas vraiment ravies de la situation.

Et un jour, Mark ne rentre pas. Il est coincé en Allemagne, « retenu ». Ils sont bien traités, l’ambassade y veille, mais il n’a aucune idée de quand il rentrera. L’Europe ne veut plus assurer les échanges avec les Etats-Unis, la grippe effraie.

Ils sont de plus en plus nombreux à succomber à la grippe de Phoenix. Les écoles ferment, les supermarchés vidés, les coupures de courant deviennent légion. Petit à petit, la vie, différente, s’organise. Jiselle apprend à cuisiner avec ce qu’elle a, assure le rôle de belle-mère comme elle peut, s’ouvre aux autres.

 

Mon avis

C’est un drôle de roman dont l’univers est à mille lieues de ce que j’imaginais en commençant ma lecture. L’atmosphère est calme tout en étant pesante. On a l’impression qu’on est en vacances dans une maison de campagne mais de temps en temps, un élément extérieur vient nous rappeler qu’à l’extérieur, un drame est en train de se jouer.

C’est un roman très lent, un roman d’attente avec une ambiance post-apocalyptique qui m’a fait penser à L’âge des miracles ou aux Chroniques de la fin du monde, mais il y a une dimension psychologique plus profonde. Jiselle est un personnage bien plus profond qu’il n’y paraît, bien plus forte que ne le laisse paraître son physique d’hôtesse. Une sorte de reine de beauté qui en aurait dans le bide ! La nunuche du début de roman dont le ton était plus proche du roman à l’eau de rose, disparaît peu à peu au profit d’une femme de caractère qui tâtonne dans cette nouvelle vie de parent mais s’en sort plutôt bien comme chef de famille dans un monde en crise.

En un monde parfait mêle les genres, tout à la fois roman initiatique et distopique avec ça et là quelques codes empruntés au conte. Peu importe l’étiquette qu’on lui collera, c’est une réussite.

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