“Le dîner” de Herman Koch : un plat qui vous restera sur l’estomac

Classé dans : Romans pour adultes | 15
diner
Le dîner – Herman Koch
10/18, 2013 – Prix : 8,10€
ISBN : 978-2-264-05781-5

Le dîner n’est pas le premier roman d’Herman Koch mais c’est celui qui a placé l’écrivain néerlandais en première place des librairies du monde entier. Un roman qui a beaucoup fait parler de lui car il ne laisse pas indifférent. Que vous l’aimiez ou non, il continuera de vous hanter longtemps après sa lecture tant certaines idées énoncées par les personnages sont dérangeantes.

Le dîner, c’est celui de deux frères et leurs épouses qui se sont donné rendez-vous dans un restaurant pour parler de leurs enfants. Paul y va à reculons ; l’idée de passer une soirée avec son frère ne lui plaît que peu. Il ne supporte plus l’homme politique que Serge est devenu. Les sondages le présentent comme un excellent prétendant au titre de premier ministre des Pays-Bas et il s’enorgueillit, jouant les stars comme s’il avait déjà été élu. « Proche du peuple », Serge se rend sur les marchés, distribue des tracts, se plie à l’exercice des photos avec les électeurs.

Apéritif, entrée, plat, dessert. Les services se suivent et l’ambiance se fait de plus en plus électrique. Leurs garçons ont fait quelque chose de mal, de répréhensible. On comprend assez vite qu’il s’agit de quelque chose de grave et chaque étape du dîner apporte son lot de révélations – pour le lecteur mais également pour les personnes autour de la table, chacun découvrant des éléments dont il n’avait pas encore connaissance.

Paul est le narrateur de cette histoire, ce qui nous donne dès le début envie de prendre son parti. Sa description de la soirée à venir ne nous donne pas plus envie que lui de nous rendre dans ce grand restaurant assez chic. On sourit de son énervement lorsque le propriétaire du dit restaurant vient saluer son frère, on soupire à ses côtés alors que le maître d’hôtel se sent obligé de parler de l’histoire de chacun des ingrédients de leurs plats. Des yeux de Paul, Serge nous paraît peu sympathique, prétentieux, hautain. Mais peu à peu, alors que Paul nous livre des bribes de son passé et que l’on découvre plus en profondeur les différents protagonistes, notre esprit critique se réveille jusqu’à remettre en question sa vision des choses.

C’est cet aspect du récit qui m’a plu ; tout comme dans Villa avec piscine, le roman s’ouvre avec un fait dérangeant qui est petit à petit dévoilé. Par contre, ce qui est différent c’est que la psychologie des personnages et leur passé est dévoilée sans l’être. Paul choisit de ne pas tout dévoiler du passé, laisse quelques détails de côté – détails qu’il juge inutile mais que le lecteur aimerait bien connaître, curieux qu’il est.

Ce qui a également contribué au fait que j’accroche moins au Dîner qu’à son petit frère, c’est le sujet principal, le quelque chose qui concerne les deux cousins. Herman Koch manie l’humour grinçant avec brio et aide à faire passer la pilule mais ce n’est pas encore assez pour moi, tout simplement parce que je suis fort sensible. Je n’accroche que peu souvent à la fiction trop noire, celle qui vous met le nez dans le côté le plus sombre de l’être humain. Cependant, cela ne veut pas dire que je n’ai pas aimé Le dîner, j’ai juste été terriblement dérangée (ce qui confirme donc que l’auteur est assez doué).
Comme souvent lorsqu’un roman m’obsède, je serais ravie d’avoir vos impressions si vous l’avez déjà lu. Je sais que beaucoup l’ont adoré mais comment avez-vous vécu le côté très noir du sujet dont parle l’auteur ?

15 Réponses

  1. Je ne l’ai pas encore lu mais tu titilles ma curiosité… ;)

  2. Quand je lis ton résumé, je pense automatiquement à Festen. Tu as vu ce film?

    • Non, je ne connaissais pas du tout ! Mais en lisant le résumé, c’est vrai que les deux peuvent avoir des similitudes :)

  3. Ah ce livre est dans ma wishlist, ton post m’intrigue encore plus et me donne encore plus envie de le lire !

  4. effectivement c’est un livre très dérangeant voir culpabilisant puisque que le parti du narrateur devient de plus en plus nauséabond … très bon livre justement par ce qu’il laisse comme souvenir.

    • Oui c’est tout à fait cela. Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé le livre, disons que je n’ai pas aimé le sujet et l’impression nauséabonde qu’il me laisse ;)

  5. La pétasse ;-)

    Tu attises ma curiosité, je crois qu’il va finir dans ma pile à lire très très rapidement !

    Merci pour m’inspirer autant de bonnes lectures (parce que chaque livre que tu critiques, que tu aimes et que je lis, je l’aime aussi =)) !

    • Oh merci ! :)

      • La pétasse ;-)

        Après lecture, je peux dire que j’ai aimé le style, les digressions qui maintiennent en haleine jusqu’au bout… Mais il y a des passages qui m’ont un peu retournée notamment la manière de percevoir ces actes répréhensibles et de les traiter comme si ce n’était qu’un “petit mensonge” pour la bonne cause… Mais comme l’a dit Critéïne, ça prouve le talent de l’auteur =)

  6. Ah, tu as donc préféré “Villa avec piscine” au “Dîner” ?
    Moi, c’est l’inverse (je viens de terminer Villa avec piscine).
    Si on veut employer le terme de nauséabond, je l’appliquerais plus volontiers aux tendancieuses théories du vieux professeur de biologie médicale. J’ai tiqué.
    Dans les deux romans, il est question d’actes répréhensibles, de “qu’aurais-je fait à sa place ?”, de l’ambiguïté de l’âme humaine (Cette noirceur… en chacun de nous ? Jusqu’à quel point ?… tadam…). Dérangeant dans les deux cas mais j’ai vraiment préféré “Le dîner”.
    Préféré l’histoire, préféré les personnages, préféré la construction basée autour du déroulement du repas (plus ambiance huis-clos et j’adore ça).

    • C’est difficile de les comparer, difficile de dire lequel j’ai préféré. “Le dîner” m’a un peu plus dérangée parce que presque tous les personnages présentés ont une réelle noirceur en eux (alors que dans “Villa avec piscine”, c’était plus modéré). Dans “Le dîner” il est question de violence gratuite alors que dans “Villa avec piscine”, on parle de vengeance – même si ça dérape, je suis d’accord.
      En tout cas, ni l’un ni l’autre ne m’a laissée indifférente !

  7. Effectivement, il ne laisse pas indifférent ! Mais il ne m’a pas autant noué le ventre que toi, même s’il met mal à l’aise bien sûr. Un sentiment qui prouve le talent de l’écrivain ! Une bonne découverte de mon côté.

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