“Dieu me déteste” de Hollis Seamon, premier titre publié chez La belle colère

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Dieu me déteste - H. SeamonLa belle colère, 2014 - Prix : 19€ISBN : 9782843377327
Dieu me déteste – H. Seamon
La belle colère, 2014 – Prix : 19€
ISBN : 9782843377327

Le monde éditorial est en perpétuel mouvement. Les modes littéraires vont et viennent – comme n’importe quelle autre mode – les saisons se suivent, ponctuées par les rentrées littéraires, certains éditeurs se meurent, et d’autres naissent. En ce début d’année 2014, les éditions Anne Carrière ont donné naissance à La belle colère dont la ligne éditoriale se démarque des nombreuses autres collections déjà présentes sur le marché du livre. La belle colère, c’est la colère adolescente, celle dont on bout à cet âge si particulier, coincé entre l’enfance et l’âge adulte. L’âge où l’on se construit, où tout est sans cesse remis en question, où l’on se sent immortel.
L’adolescence est déjà bien présente dans la littérature au travers de ce que l’on appelle la littérature young adult, très prisée par un public que l’on considère généralement comme adolescent et adulte de moins de 25 ans. Que pourrait donc apporter de plus La belle colère sur ce marché qui semble déjà saturé ? Eh bien, c’est simple : l’implication adulte. Car s’il existe de nombreux très bons romans dont les personnages principaux sont des adolescents, si les adultes voient d’un bon œil leurs enfants se passionner pour la lecture, force est de constater qu’ils sont encore (trop) peu nombreux à lire ce que les jeunes lisent et c’est bien dommage. L’argument majeur que l’on entend lorsque l’on propose un roman dit pour adolescents à un adulte, c’est qu’il ne se sentirait pas proche du héros parce qu’il n’est pas dans la tranche d’âge concernée. Ne pourrait-on pas comprendre les émotions d’un personnage dont on n’a pas l’âge alors que l’on se met si souvent dans la peau d’un personnage de l’autre sexe ? Ne pourrait-on pas se souvenir des émotions qui nous emplissaient plus jeune, à la lecture de ces romans ?
La belle colère déconstruit le genre et le remonte à l’envers. Ici, pas question d’un roman qu’un ado aurait aimé et qu’il passerait à l’adulte mais d’un roman que l’adulte lirait et passerait ensuite aux plus jeunes. La ligne éditoriale de La belle colère, c’est de proposer des romans aux adultes dont les héros sont des adolescents. Des romans fort, débordants d’émotions, d’amour, de rage, d’humour, de colère aussi, bien sûr, qui ramènent l’adulte à cette époque difficile qu’il a aussi connue. Des romans qu’il prêtera peut-être aux plus jeunes pour partager quelque chose d’universel avec eux : l’émotion procurée par la lecture.

La belle colère publiera quatre titres par an et Dieu me déteste est le premier. Un roman fort, un ovni comme on en rencontre peu.

Dieu me déteste, c’est le nom que donne Richie au cancer qui l’a amené à se retrouver en soins palliatifs à dix-sept ans à peine. A quelques jour de ses dix-huit ans, Richie rêve de faire la fête, d’enchaîner les conneries permises à cet âge, de boire, de tomber amoureux, … et de sexe. Et ce n’est pas la proposition de Sylvie, seule autre ado du couloir qui va le calmer ; la jeune fille de quinze ans en a assez d’être vierge et propose à Richie d’être sa première fois. Voilà de quoi faire bouillir les hormones de ce jeune homme qui a bien du mal à les contenir. Mais comment mener leur plan à bien alors qu’ils ne bénéficient que de rares moments d’intimité ? Les soins palliatifs ont ceci de particulier qu’il n’existe pas d’heures de visites pour les proches ; ceux-ci vont et viennent à toutes heures du jour et de la nuit, ne lâchant pas leurs malades d’une semelle. Aucun moment d’intimité n’est accordé à ceux qui se reposent dans les chambres aseptisées. Richie et Sylvie sont jeunes, ils devraient vivre sans contrainte, une pancarte d’interdiction d’entrer sur la porte de leur chambre, clé dans la serrure. Au lieu de quoi leurs parents les veillent chaque nuit comme des petites choses fragiles. Mais Richie n’a pas dit son dernier mot ; s’il doit déjouer les plans de ceux qui veulent le garder en vie un peu plus longtemps pour pouvoir vivre un peu plus fort le temps qu’il lui reste, il le fera.

Les thèmes abordés ne sont pas des plus faciles. En rencontrant Richie, on se met tout d’abord à la place de sa maman, rongée par l’angoisse et la peur de le perdre. On voudrait croire qu’il s’agit d’une erreur, que les soins palliatifs ne signifient pas la fin, que la médecine et ses miracles vont intervenir. Au fil des pages, on rejoint le clan de Richie, on accepte le fait qu’il ne lui reste que quelques semaines à vivre et son envie de vivre nous donne des ailes. On se retrouve dans sa chambre, à comploter avec lui, on sourit de le voir trembler d’amour pour Sylvie, cette force de la nature, on rit de ses remarques imbéciles d’adolescent qui n’a pas peur de choquer, on a le cœur serré de tristesse pour lui, aussi.

Hollis Seamon a arpenté les couloirs des hôpitaux pendant des années pour rendre visite à son propre fils. Fascinée par la force de caractère des adolescents qu’elle y a rencontré, elle a réussi à leur rendre un très bel hommage avec Dieu me déteste. 

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